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Taariika / Histoire
Gilbert Vieillard
Notes sur les Coutumes des Peuls au Fouta Dialon
Publication du Comité d'Etudes Historiques et Scientifiques de l'Afrique Occidentale Française
Librairie Larose. Paris, 1939. 124 pages
APPENDICE I
DIEU ET LE TRAVAIL DES CHAMPS
Traduction d'un poème de feu Tierno Mohammadou mo Tierno Sâdou, de Dalaba, auteur de poèmes peuls assez connus dans le Fouta Central comme Tierno Samba de Mombéa, Tierno Moaouya de Mâci, etc. Cette abondante littérature pourrait être utilisée pour la propagande française, car les Peuls continuent à versifier sur les sujets les plus divers.
- Que ma louange soit sans limites, pour Celui dont l'oeuvre est la création, à laquelle
sans cesse Il travaille, sans jamais se lasser.
- Les ans, les mois et les semaines, les journées et les heures passent
toutes; Lui, sans fatigue, Il demeure.
- Avant d'avoir créé la mesure des Temps, Son travail, fut: « Sois,
et cela sera », qui précéda Son uvre immortelle.
- Inconcevable et impossible, que Ta Divinité connaisse l'impuissance,
la fatigue ou la négligence: à Toi qui n'est jamais las.
- Bénis celui en l'honneur de qui Tu as créé le monde, Ses
Apôtres et Sa Famille, de bénédictions sans fin.
- Je vais vous montrer, ô mes compagnons, serviteurs du même Maître
que moi, la nature du Travail, moi fils de Tierno Sâdou, du nom de Mohammadou.
- Dalaba fut ma demeure, Louda ma race, ma voie fut celle des Tidianiya; j'ai
travaillé et obéi et n'aurai point à le regretter.
- Labour, Labeur et Obéissance, c'est grâce à eux que l'homme
peut espérer entrer au Paradis; sans eux l'adulte responsable n'y pénétrera
point.
- Dieu a prononcé: « A celui qui m'offre son corps et ses biens,
je vendrai mon Paradis »; Il ne changera pas ses conditions irrévocables.
- Sauf les petits enfants morts qui entreront grâce à Sa bonté,
mais, l'adulte, devra peiner, sinon il n'entrera point.
- C'est par Bonté pure que le Très-Haut fit entrer Adam et Eve dans
ses Paradis éternels.
- « Paradis » signifie : « Jardins parfaits », champs
qu'il a créés et cultivés, par le « Fiat », Lui
le Tout-Puissant 1.
- Dieu leur dit: « Vivez-en à votre gré, mais n'approchez
point de cet arbre ; celui qui en mange ne restera point ici.
- Et mangez du reste à votre, content, car ces champs sont inépuisables,
à tout moment et tant que vous voudrez, leurs fruits ne diminuent pas.
- Mais un jour Satan les trompa, par inimitié; ils ont péché;
ils sont tombés du Paradis et durent cultiver les terres pour acheter le
droit, d'y retourner.
- Dieu leur dit: « Descendez sur terre et agissez pour vous racheter de
ce feu terrestre qui mangera les paresseux ».
- Car J'ai mis parmi vous, j'ai mis en vous-même, un feu 2 auquel
nul n'échappera, car ce que J'ai décidé ne manque point d'arriver.
- Tous ceux qui viendront au monde, ce feu les pénétrera; ce feu
que j'appelle le Petit Feu; vois comme il agit.
- Chaque petit enfant, dès qu'il naît, entre, dans ce feu, et si
le lait ne descendait pour lui dans les mamelles de sa mère, il ne se tairait
point.
- Quand le Feu (de la Faim) a épuisé ce lait, le Feu recommence
à brûler ce corps, qui ne connaît plus le repos, qui ne se tait
plus.
- C'est le lait de sa mère qu'il recherche sans cesse, tant qu'il ne peut
se nourrir du grain fruit du travail de la terre.
- Jusqu'à ce que vienne le Temps du grain décortiqué, des
semailles et des labours; et quand la nourriture est absorbée, le feu de
la faim se rallume et la créature se plaint.
- L'adulte qui s'est couché sans souper, celui qui le voit le lendemain
matin le trouve desséché, ridé, incapable de rien faire,
- C'est pour éteindre ce feu des entrailles que nous cultivons,
Ô Croyants, celui qui ne cultive pas, que mangera-t-il ?
- Mais Dieu épargnera à ceux qui cultivent, le feu de la Faim;
ceux qui n'auront pas cultivé, vivront dans les tourments de la Faim.
- Et, au jour de leur mort, ils entreront dans le Grand Feu, et celui qui y sera
entré y vivra, sans jamais mourir.
- Et ce feu de l'autre monde, ce sont tes uvres dont il se nourrira, la
conduite que tu auras eue en ce monde l'apaisera.
- Jusqu'à ce que tu atteignes le Pont, mince et tranchant comme un Sabre
; qui n'a pas obéi à Dieu en ce monde, qu'il sache qu'il ne le franchira
point.
- Le travail des champs a été le travail des Prophètes choisis,
les envoyés élus de Dieu, qui ont été les médiateurs
entre Dieu et Ses serviteurs...
- Celui qui a commencé à cultiver pour nous, c'est le Prophète
Adam ; jusqu'à la Meilleure des Créatures, aucun ne s'est lassé.
- Ceux qui ordonnent de travailler aux champs sans cultiver eux-mêmes acquièrent
des mérites égaux à ceux qu'acquiert celui qui obéit
à Dieu une année complète, sans désobéir une
seule fois.
- Mais celui qui cultive de ses propres mains, le compte de ses mérites
n'a pas de limite, ils lui seront rendus dans la Cité
immortelle.
- Dieu nous ordonne de travailler, comme Il a travaillé Lui-même
; celui qui refuse le travail des champs, désobéit à Dieu.
- « N'avez-vous point vu les terres que J'ai cultivées pour vous
? » C'est un verset prononcé par le Très-Haut sur ses uvres.
- Je pardonnerai, dit-il, à ceux qui cultiveront en me consacrant leur
travail; Je leur pardonnerai leurs péchés sans distinction.
- Même si leurs fautes ont aussi nombreuses que les graines semées
dans le champ qu'ils labourent, je leur donne Mes bienfaits éternels et
Ma miséricorde.
- Tous les péchés commis, fussent-ils plus nombreux que les grains
de sable et les feuilles, excepté l'hérésie et l'oubli de
la Prière.
- (Indéchiffrable).
- Car le corps vivrait-il sans la Tête, et comment vivrait la Religion
sans la Prière, dites-moi ?
- Quand vous commencez le1abour d'un champ, Dieu dit aux Anges : inscrivez leurs
mille mérites pour ce qu'ils font.
- Et effacez leurs mille péchés pour ce qu'ils font aussitôt.
- Et à chaque coup de bêche qu'ils donnent, un palais leur est élevé
aux Paradis, jusqu'à ce que le champ soit terminé.
- Et dans chaque Palais, des Nourritures Divines, qui ne diminuent jamais lorsque
tu les consommes.
- Palais bâtis par le « Fiat », remplis des bienfaits de Dieu,
inépuisables, même si toute la création s'en nourrissait.
- Chaque parcelle est remplacée aussitôt qu'enlevée, jamais
il n'y a de vide, jamais on ne manque de rien.
- Ne vois-tu pas comme une armée campée puise aux sources et aux
rivières sans le assécher ?
- Car le prix du labeur agricole et le prix de la guerre sainte sont égaux
devant Dieu, la récompense des laboureurs et celle des combattants ne diffèrent
pas d'un atome.
- (Indéchiffrable).
- Quand les laboureurs suent, la puanteur de leur sueur terreuse est éga1e
en mérite à la puanteur de la bouche de ceux qui jeûnent en
Carême, jure-le, tu n'auras pas le honte d'être démenti...
- On rapporte que quelqu'un s'en fut trouver le Cheikh et lui dit : Comment ferai-je,
mes Péchés. sont nombreux ?
- Il lui dit « Offre des biens, ou rien qu'un champ, ce que les créatures
ramasseront dans ton champ effacera les péchés qui te font pleurer.
- Si les gens savaient quelle sera la récompense de ceux qui cultivent
pour Dieu, ils ne se lasseraient jamais, ils ne seraient jamais incapables de travailler.
- Ceux qui travaillent au printemps, ceux qui ont part aux bontés de Dieu
(ou ceux qui ont travaillé au printemps la part de travail qui leur a été donnée),
Dieu leur a promis une récompense certaine.
- D'abord la récolte d'automne et dans l'autre Cité un salaire qui
ne manquera pas.
- Quand les travailleurs dorment fatigués la nuit, leur sommeil plaît à Dieu
comme celui des pèlerins qui peinent sur la route de la Mecque.
- Salomon, fils de David, a cultivé la terre entière, il a habité
sur terre et a travaillé comme s'il n'avait pas dû mourir.
- La terre entière est une ancienne jachère de Salomon 3 et
c'est par ces labours qu'il a cherché à gagner le Paradis immortel.
- Tous cultivèrent pour lui, les hommes, les génies et les sangliers,
toutes les bêtes des fleuves et de la terre ferme, comme s'il n'avait pas
dû mourir un jour.
- Les tourbillons du vent nettoyaient les champs des tas d'herbe sarclés
par les travailleurs, et des nuées d'oiseaux les ombrageaient, pendant leur
travail.
- Il resta debout, tout droit, mort depuis un an, tandis qu'ils travaillaient
sans oser se reposer.
- Enfin les termites rongèrent le bâton auquel il s'appuyait, il
tomba et ils connurent ainsi qu'ils travaillaient pour un mort.
- Car s'ils l'avaient su, ils auraient cessé au moment de sa mort.
- Pendant leur travail, que les cultivateurs ne remettent pas à
plus tard le moment des Prières, et, quand vient la moisson, qu'ils retirent
l'aumône pour purifier la récolte.
- Alors tu peux jurer que Dieu les paiera demain en les faisant entrer dans ses
Paradis, qui n'ont pas de terme.
- Celui qui omet les Prières mange de la viande illicite, et celui qui
mange de la viande illicite, même s'il prie, sa prière n'est plus
acceptée, égorgez donc ce que vous mangez.
- Comme tes vaches et tes brebis, ta légitime propriété,
ne sont pures que si elles sont égorgées, quand elles crèvent,
elles sont illicites
- Le champ aussi c'est l'aumône de la dime qui est pour lui comme l'égorgement,
qui le rend licite, le morceau de la blessure est au Très-Haut, donnons-le
Lui, quoi qu'Il ne le mange point.
- Cette dixième portion, non enlevée, te rend illicites les neuf
autres ; sois assuré que ton égoisme te conduira dans les Tourments
dont on ne sort point.
- Et les grains de ta récolte (non purifiée par la dime) germeront
sur ton corps, en verte fourrure au jour de la Résurrection, hors de la
Tombe, et ceux qui te verront alors sauront que tu ne payais pas la dime.
- Tandis que tes autres péchés seront transformés en gros
serpents dont une seule morsure est inguérissable.
- Il faut que le laboureur soit persuadé qu'il travaille pour Dieu, car
le champ est à Dieu seul, ils n'en sont pas co-propriétaires.
- Ce que Dieu lui donne dans le champ, que le laboureur s'en contente, et si Dieu
frustre complètement la Créature, cela ne doit pas les brouiller
ensemble, la Créature doit accepter avec résignation.
- Si Dieu nourrit des produits de ton champ les oiseaux, les singes, les bêtes
de brousse, les bêtes ou une colonne pillarde te tombe dessus sur ton champ,
ne te fâche pas.
- Les rats ou les termites, ou les vents mauvais, l'humidité ou le froid
peuvent détruire ce que tes pauvres mains ont amassé
dans le grenier, ne te fâche pas.
- Ni ces fléaux de Dieu, que le fils d'Adam ignore, ou les chenilles, ou
bien si la semence ne lève pas, ne le lâche en rien 4.
- Car lorsque l'esclave a cultivé pour son Peul jusqu'à ce que le
champ prospère, si le Peul dispose de la moisson, l'esclave accepte et ne
se fâche pas.
- Que ton esclave ne te surpasse pas en foi et en résignation, en obéissance à Dieu,
lui qui accepte les décisions divines sans s'irriter.
- Ceux qui n'ont pas cultivé s'en repentiront, le jour où les cultivateurs
recevront leur salaire aux Paradis; leurs regrets ne serviront
à rien.
- Réfléchis ; Vois tes travailleurs, tes esclaves qui travaillent
sans se lasser, et ceux qui ne travaillent qu'un peu sans entrain, sans s'y mettre
vraiment,
- et ceux qui ne font rien du tout, s'assoient et regardant seulement, crient,
injurient les travailleurs, critiquent ce qu'ils font.
- Comment aime-tu ceux qui travaillent et ceux qui viennent regarder assis, jusqu'au
moment de rentrer chez soi.
- Tu nourris ta famille, tes hôtes et ton propre corps comment celui qui
a la Création à entretenir pourrait-il aimer celui qui ne travaille
pas ?
- Et qui aime, ô Croyants, un esclave qui ne travaille pas, qui mange sa
ration et qui gaspille la semence sans honte ?
- Et Toi ? Tu n'aimes pas, dis-tu, un esclave qui ne travaille pas, comment Celui
qui a la charge de toute la Création
aimerait-il celui qui ne travaille pas ?
- Songe en ta tête à ce que tu dis, toi qui es esclave de Dieu ,
Dieu qui nourrit tant d'êtres éternellement.
- Tu te mets à l'ombre, tu ne fais rien, tu menaces et tu te fâches
contre les gens, tu critiques leur travail...
- Tandis que Dieu, ton Peul, qui entretiens tout ce qui a vie, ne fait que travailler
et n'en est jamais las.
- Dieu a dit: « Je donnerai à chacun selon ses uvres ».
Comment feras-tu, toi-même, qui ne fais rien ?
1. Le Kun de la création.
2. La faim.
3. Toute terre vierge est appelée jachère
de Salomon, fakkeere Annabi Suleymaana.
4. Ce poème est de la fin du XIXe s. ; les sauterelles
sont omises dans cette énumération des fléaux agricoles.