Collection Initiations et Etudes africaines
Dakar, IFAN, 1972. 276 pages
Les principales cultures chez les Peuls sont assez variées :
La variété des espèces permet plusieurs récoltes de fonio, mais jamais dans les mêmes champs. Si le fonio est la plus cultivée des céréales, c'est qu'elle est peu exigeante : elle s'accommode de tous les terrains sauf des terrains trop humides. Les soins sont presque nuls. Semée très serrée, les mauvaises herbes ne l'étouffent pas. Le fonio est d'un rendement meilleur que le riz, mais de valeur alimentaire moindre. Le fonio a remplacé le mil comme céréale de base dans la nutrition des Peuls au cours de leur installation au Fuuta.
Dans le dunkiire ou loriire la fumure est inutile, donc
travail moindre ; il suflit de maîtriser les crues des cours d'eau
pour éviter l'inondation des champs. Les bordures des marigots (dunkiije)
constituent les meilleures terres de culture, mais les risques d'inondation
sont trop grands et la technique de canalisation assez limitée ;
or les Peuls ne sont pas spécialistes de l'agriculture comme leurs
voisins, les Mandeng (Malinke et Djalonke) qui obtiennent sur ces berges
des ruisseaux, des rendements meilleurs. A cette carence technique il faut
ajouter la peur que les Peuls éprouvent au bord de ces rivières
insalubres pour leur troupeau et pour eux-mèmes : crainte du paludisme
dont ils sont, dit-on, les plus grands véhiculaires dans l'ouest
africain. Dans le dunkiire, les matières fertilisantes sont
nombreuses : le limon est le plus important.
Le limon charrié par les cours d'eau permet deux à trois années
de culture, voire une quatrième avec une récolte suffisante.
Le riz, le mil, le maïs et certains légumes y sont cultivés.
Ce terrain n'est mis en jachère que pour une courte durcée,
3 à 5 ans.
Le suntuure (plur. tyuntuuje) ou champs qui entourent les
maisons à l'intérieur des enclos. Ces champs, véritables
jardins recevant les détritus de la vie ménagère et
des quantités abondantes de fumier transportées du dingiraa
ou parc à bétail, sont les seuls à être cultivés
tous les ans, sans interruption. Sa mise en jachère (c'est-à-dire
le saabeere) correspondrait à un abandon d'habitation.
Lorsque l'année a été mauvaise, le Peul vit sur le
produit des cultures faites dans son carré ; le maïs, le manioc,
la patate, le taro, l'igname, le coton et d'une façon générale
toutes les tubercules et tous les condiments entrant dans l'alimentation.
C'est le suntuure qui préserve le Peul de la famine au Fuuta.
Ainsi cette diversité des terrains de culture ferait croire à une richesse, en réalité c'est un signe de pauvreté. Toutes ces cultures, malgré leur variété, ne sont pas destinées à la commercialisation, mais à une consommation locale, à peine suffisante dans certaines saisons ou certaines années. Mais la manière dont ces terrains étaient répartis entre les différentes couches de la population, permet de se faire une idée sur la propriété et le régime foncier.