
Le parti Soriya proclama Ibrahima
Donghol Fella, Almamy
du Fouta-Djallon, pour remplacer Almamy Oumarou décédé.
Très intelligent et énergique, il tenta de remettre de l'ordre dans
le pays, mais il eut surtout à coeur d'être l'hériter des grands
Soriya, Almamy Sory Mawdho et consorts.
Se souvenant d'avoir été élève d'Alfa Mamadou
Diouhe,
il se désintéressa de l'affaire Hubbu et dédaigna
d'engager une action quelconque contre Abbal. Il préféra
diriger ses forces militaires contre les fétichistes Djallonkés.
C'est ainsi qu'il attaqua, dès le début de son règne, le Moriya,
mais n'eut aucun succès dans ce pays. Les Soussous qui y habitaient, avaient,
avant l'arrivée de ses troupes, fui dans la grande brousse, avec tous leurs
biens.
Par la suite, il eut des démêlées avec le Conseil des Anciens
et certains de ses proches collaborateurs. Se considérant au-dessus de toute
autorité, il négligea ces derniers. Avec l'appréhension que
l'Almamy allait attenter à leurs prérogatives, ses adversaires prirent
des mesures de représailles. Tous firent le vide devant l'Almamy, y compris
Mamadou Paate et Bocar Biro, ses propres neveux. Thierno Abdoul Wahhâbi,
président du Conseil, passa du parti Soriya au parti Alfaya. L'Almamy fut
immédiatement déposé au profit du candidat Alfaya, Ahmadou.
Rentré à Donghol Fêla, l'Almamy prépara aussitôt
une revanche. Avec un contingent de sofas, il attaqua Almamy Ahmadou et
le vainquit à Pelloun-Taba
près de Timbo. Il put aussitôt reprendre le pouvoir et braver ses ennemis.
A partir de cette date, la succession au trône, qui a été violée à plusieurs
reprises reprit son cours normal, grâce à une réconciliation
entre les deux Almamys.
Réinstallé au pouvoir et dédaigneux même de sa propre
famille, il ne s'entoura plus que de sofas et d'étrangers qui occupèrent
les postes que ses proches parents avaient abandonnés.
Ce fut de sa part, une maladresse énorme, car sa façon de faire
ne favorisa pas, pour autant, la réalisation de son projet de devenir un grand
Soriya. En effet, ses aïeux avaient, pour réussir dans cette voie, choisi
un entourage composé d'hommes influents, presque tous de même sang qu'eux.
Cependant, il continua à assurer l'administration du pays avec des chefs de
provinces Soriya plus ou moins dévoués à sa cause.
Dans le Labé, il maintint en fonction à la tête de la province
Alfa Ibrahima le jeune, qui ne pouvait mieux faire que de continuer ses fructueuses
guerres contre les N'Gâbounké et les Djallonké du Nord.
C'est ainsi qu'en 1871, il porta la guerre dans le Potion où il tua Doumbi
et son chef de guerre Amoro et razzia tous les biens et réduit à l'esclavage
les hommes valides, les enfants et les femmes.
En 1872, il conquit le Korobâli pour la première fois avec le Bâyaga,
dans le NGabou. Il trahit leurs chefs qu'il massacra et s'empara de leur biens.
En 1873, Alfa Ghasimou, chef Alfaya du Labé en attente, tomba
sur les habitants de Kôço, dans le Yembérin et pilla tous leurs
biens. Alfa Ibrahima le jeune marcha contre lui et repris de force tout ce qu'il
avait pillé et
rendit la liberté aux victimes. Alfa Gacimou fût obligé de fuir
dans le Kollâdhe. L'année suivante, en 1874, les chefs de Kankalabé,
du Koïn et du Timbi reconduisirent le fuyard à Labé et le réconcilièrent
avec Alfa Ibrahima.
En 1870, Alfa Gâcimou ayant commis un crime en tuant son frère Abdoul,
Alfa Ibrahima tenta d'arrêter le criminel. Une violente bataille s'engagea
entre eux. Alfa Ghasimou, mis en déroute, s'enfuit à Timbo.
En 1878, Alfa Ibrahima envahit, pour la première fois, le Kouttan, dans le
Badiar. Il y remporta une victoire éclatante.
Rentré de cette dernière guerre, il se rendit dans le Kouçalan,
en Niani, dans le Bhoundou où le roi Bâkar Sâda l'avait appelé à son
secours, pour combattre les habitants de ce pays en révolte. Mais son voyage
n'eut aucun succès, car les adversaires eurent le dessus et il prit la fuite
avec tous ses compagnons.
Dès son retour à Labé, il préféra prendre du repos
au milieu des siens et choisit de se retirer de la vie politique. Cette retraite
ne pourrait rien diminuer de son influence, car il l'avait préparée
convenablement. Ayant placé chacun de ses fils à la tête d'un
district qu'il commandait, il avait accumulé une fortune qui pouvait lui assurer,
pendant le reste de sa vie, une vie heureuse. En 1879, il remit à l'Almamy
Ibrahima Donghol Feela, sa démission et lui présenta son
premiers fils, Aguibou, pour le remplacer. L'Almamy accéda à sa demande
et entérina sa proposition.
Alfa Aguibou fût un chef honnête et intègre. Très religieux
il faisait régulièrement ses prières à la mosquée
et ne manqua pendant son règne, suivant les chroniqueurs, qu'à deux
prières en commun. Son repas, toujours faste et copieux, fut régulièrement
partagé avec les notables de Labé.
Dès sa prise de pouvoir, il continua l'uvre de son père. Il fit
une seule guerre contre les païens de Korobâli, qui furent impitoyablement
décimés. Cette victoire lui permit de conquérir tous les biens
des habitants et capturer les femmes et les enfants qu'il ramena au Fouta comme esclaves.
Mais, en 1880, mourut son père qui s'était retiré à Foulamory,
dans le Kadé.
En 1883, Alfa Aguibou et Thierno Maâdiou, chef du Timbi-Tounni, se rencontrèrent à Labé-Dheppere
(Labé) pour y tenir une conférence secrète.
Cette rencontre fut rapporté à Almamy Ibrahima Donghol
Feela et à son
neveu, Modi Mamadou Paate. Ceux-ci interprétèrent l'entrevue
des deux chefs de province comme un complot pour renverser le pouvoir des Almamys
et une dissidence en préparation. Pour empêcher la réalisation
d'un semblable projet, l'Almamy chargea discrètement les jeunes frères
des. deux chefs de supprimer ces derniers pour prendre leur place. Modi
Yaya, frère
d'Alfa Aguibou n'attendait qu'un pareille occasion pour se débarrasser de
son frère, qui avait pris le pouvoir à Labé à son grand
regret. (Thierno Mamadou
Bah)
Sources
1. Thierno Mamadou Bah
2. Thierno Diallo
3. Louis Tauxier
4. Joseph Harris